Gunnm, 20 ans après | Mes-idées

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Souvenez vous… Mars 1990… DĂ©buta un manga du nom de Gunnm.
Il racontait les aventures d’une cyborg, Gally, rĂ©cupĂ©rĂ©e dans la dĂ©charge sous Zalem, une ville flottante oĂą seul les Ă©lus peuvent entrer. L’histoire se dĂ©roule dans un monde fictif, et très oppressant, violent : la loi du plus fort y excelle, la police n’existe quasiment pas, et seul quelques chasseurs de primes font rĂ©gner un semblant de loi. Mais contre certains adversaires surpuissants, mangeurs de cerveaux, aucun chasseur de prime ne dĂ©sire s’y frotter… Gally vit aux cĂ´tĂ©s de son sauveur, Ido, une sorte de professeur. Il lui apprend les choses simples de la vie, mais elle rĂ©alisera bien vite que, la nuit, il sort en catimini. Un jour, Ido est lĂ©gèrement blessĂ©. Gally fait immĂ©diatement le lien avec ses activitĂ©s secrètes de la nuit. Le soir mĂŞme, elle va le suivre en douce… Pour dĂ©couvrir son cher Ido traquer une femme !
Pensant d’abord qu’Ido est le traqueur de femmes dont parle tout le monde ces derniers temps, elle va tenter de l’arrĂŞter… Mais en fait, il s’avère qu’Ido est chasseur de prime, et le traqueur de femme est justement cette femme qu’Ido voulait tuer ! A cause de ce quiproco, la femme en profite pour dĂ©sarmer Ido, et nos 2 hĂ©ros sont en mauvaise posture… Quant Ă  coup, Gally, sans en avoir vraiment conscience, rĂ©alise toute une sĂ©ries de pirouettes et anĂ©antit facilement la femme !
Qui est donc Gally ? Quelle est sa force ? C’est quoi Zalem ? Et ce monde ?

Gunnm

Vous vous souvenez alors ? Non ? Moi non plus, Ă  vrai dire. Certaines personnes Ă©taient peut ĂŞtre mĂŞme pas nĂ©es. Moi, j’Ă©tais nĂ©, j’avais 7 ans, et Ă  l’Ă©poque, Ă  part dbz, je ne connaissais absolument rien aux mangas. Plus globalement, Ă  cette Ă©poque, les mangas n’Ă©taient pas du tout dĂ©mocratisĂ©s, et j’imagine que, finalement, peu de lecteurs ont lu Gunnm lors de sa sortie (1995 pour sa traduction chez GlĂ©nat).
Alors, hasard si je me suis procurĂ© l’intĂ©gralitĂ© ? Non. En 1993, est sorti 2 oav tirĂ©s de Gunnm. Il se trouve que j’ai vu ces oav, je dirais, vers les annĂ©es 1995. Alors, Animeka me prĂ©tend que la licence n’a Ă©tĂ© acquise qu’en 2002 en France, mais c’est faux ! Mon frère avait eu ces oav par le biais d’un magazine de jeux vidĂ©os, je crois, ou en tout cas d’un magazine qui proposait ces oav (en vhs par contre, le dvd n’Ă©tait pas dispo, mais dispo depuis), avec les traductions et tout et tout.

L’histoire Ă©tait sensiblement la mĂŞme sur le fond, mais, format des oav oblige, elle a Ă©tĂ© remaniĂ© sur la forme, et au final, bien qu’on trouve les mĂŞmes ennemis du dĂ©but, le dĂ©roulement des choses est grandement changĂ©.
Je ne vais pas vous raconter en dĂ©tail l’histoire, ce serait absurde, je vous invite Ă  les regarder, ils valent le coup, mais globalement, de ma vision d’adolescent de l’Ă©poque, j’avais Ă©tĂ© bluffĂ© Ă  plusieurs niveau : l’animation, que je trouvais grandiose, les scènes d’action Ă©taient autrement plus animĂ©es que les da disney et surtout, surtout, la violence. Oh, loin des clichĂ©s de l’Ă©poque oĂą on braillait que les “japoniaiseries” Ă©taient blindĂ©s de violence gratuite, la, je ne trouvais en rien la violence gratuite. Au contraire, mĂŞme. Elle n’intervenait qu’Ă  des moments prĂ©cis, et ça dĂ©cuplais son effet ! Le truc, c’est que le sĂ©rie ne s’attardait jamais dessus : elle la montrait, pour montrer l’aspect cruel de ce monde, mais on avait pas de gros plan sur les entrailles ou autre. Mais malgrĂ© ça, j’avoue que la scène qui m’a le plus marquĂ©, Ă  l’Ă©poque (j’ai vu les oav qu’une seule fois), entre l’homme Ă©lectrocutĂ© vif ou le gamin dĂ©capitĂ© si rapidement qu’on a rien vu venir, c’Ă©tait… Le chien. DĂ©coupĂ© en morceaux, les entrailles dĂ©goulinantes de partout.
On pourrait croire que c’est en total dĂ©saccord avec ce que je viens d’affirmer plus haut, ben non, la scène dure 2-3 secondes, pas plus, mais elle a de quoi choquer.

“Spoil” ! Me dirons certaines personnes (enfin, faut dĂ©jĂ  qu’il y’en ai qui passent :)). Oui, indĂ©niablement, mais 20 ans après, y’a prescription. Je doute que vous aurez un avis “neuf” sur le sujet.

Donc, près de 15 ans après, je ne sais plus trop Ă  quelle occasion, je me suis souvenu de Gunnm, et je me suis souvenu qu’en dehors de mon traumatisme (relatif), j’avais beaucoup aimĂ© ces oav. Je me suis mis donc en quĂŞte des mangas, et, une fois reçus, me voici Ă  l’assaut de Gally ! Enfin, du monde de Gunnm.

Le manga dispose de 9 tomes, et a Ă©tĂ© Ă©crit par Yukito Kishiro, aux Ă©ditions GlĂ©nat. On sent d’ailleurs le cĂ´tĂ© kitsch puisque le manga a Ă©tĂ© imprimĂ© de façon occidentale, c’est Ă  dire que la lecture se fait de gauche Ă  droite, quelle hĂ©rĂ©sie ! Enfin, pour certains, personnellement, l’un ou l’autre, ça ne me fait rien. Et contrairement Ă  ce que l’on peut croire, la traduction est impeccable : de ce cĂ´tĂ©, il n’y a rien Ă  en redire.

Le manga est un vrai petit bijou, en rĂ©alitĂ© : Gunnm est depuis longtemps considĂ©rĂ© comme un chef d’Ĺ“uvre, et sa rĂ©putation n’est pas usurpĂ©e, bien au contraire : le manga est, premièrement, magnifique, d’un niveau graphique très Ă©levĂ©, sans baisse de rĂ©gime, au contraire mĂŞme, puisque, au fil des tomes, le graphisme a l’air d’ĂŞtre de plus en plus travaillĂ©.
Mais, on le saura, le graphisme seul ne fait pas tout. Gunnm se dote dès le dĂ©part d’une hĂ©roĂŻne très charismatique, Gally. Alors, oui, Gally, au dĂ©but du manga, nous rĂ©vèle rapidement qu’elle a perdu la mĂ©moire. De nos jours, c’est terriblement banal, mais c’Ă©tait vraiment prĂ©curseur dans le domaine. D’autant plus que sa mĂ©moire ne sera en rien un frein Ă  son dĂ©veloppement, au contraire mĂŞme, puisque Gally va rapidement apprendre Ă  diffĂ©rencier le bien et le mal, et c’est ainsi qu’elle deviendra rapidement une “justicière”, du cĂ´tĂ© des chasseurs de primes.
Mais ce cĂ´tĂ© “justice” ne tourne pas dans le sens conventionnel du terme : non seulement parce que sa justice est issue du monde oĂą elle vit, Ă  comprendre, la mort pour les “mĂ©chants” qui sont recherchĂ©s, mais en plus, elle aura affaire Ă  des Ă©tats d’âme et n’hĂ©sitera pas Ă  se mettre Ă  dos les autres chasseurs de primes, ou mĂŞme, toute la ville…

Le scĂ©nario y est ainsi très fouillĂ©, riche, profond, jamais rĂ©pĂ©titif, original, recherchĂ©… C’est lĂ  le vĂ©ritable atout de ce manga, on ne s’y ennuie jamais, on ne peut dĂ©cemment pas s’attendre Ă  la suite ou Ă  la fin du manga, parce que l’auteur sait Ă  tout moment innover.
De plus, contrairement Ă  un shonen classique, de type naruto, bleach ou one piece, bien que Gunnm ne rentre pas spĂ©cialement dans la catĂ©gorie Shonen en fait, Gally n’Ă©volue pas. A comprendre, dans les shonen citĂ©s ci-dessus, le hĂ©ros Ă©volue grâce Ă  un entraĂ®nement dans les règles, ou sur le tas, en rĂ©ussissant Ă  battre des adversaires plus forts qu’eux grâce Ă  une chance incroyable.
Gally, elle, dotĂ© d’un corps de cyborg, ne peut pas Ă©voluer. Elle se fait donc souvent dĂ©truire, et son Ă©volution n’est due qu’Ă  des corps reconstruits, plus puissants, ainsi qu’Ă  un automatisme qui est due Ă  son ancienne personnalitĂ©.
Le fonctionnement du manga en lui même est vraiment original et précurseur en tout.

De plus, comme indiquĂ© pour les oav, le monde de Gunnm est très violent, certes, mais, en mĂŞme temps, il y règne un train train quotidien, des gens simples, des vies banales, qui tentent de s’Ă©loigner de la violence latente. Et c’est ainsi que tout l’univers de Gunnm en devient plus humain, malgrĂ© sa dĂ©charge, malgrĂ© ses cyborgs, et surtout, malgrĂ© son mystère sur Zalem.

Zalem, parlons en ! Tout au long du manga, on nous la prĂ©sente comme une citĂ© utopique oĂą règne le bonheur et oĂą la vie s’y dĂ©roule sans souci. Pendant 8 tomes, on ne saura rien de Zalem. Quelques brides d’informations tout au plus, mais rien d’assez consistant pour qu’on puisse deviner ce que Zalem est.
Pareil sur l’ancienne personnalitĂ© de Gally. Pendant 8 tomes, Ă  part quelques brides d’informations, on n’en sait pas plus. J’avoue qu’arrivĂ© Ă  ce moment, je pensais que l’auteur allait laisser ces 2 mystères tel quel, et tant pis pour nous.
Et je me suis trompĂ©. Le tome 9, le dernier, nous explique tout. J’en arrive donc tout naturellement au seul rĂ©el (petit) dĂ©faut de cette sĂ©rie : la fin. Non, elle n’est pas bâclĂ©e, non, elle n’est pas du tout mauvaise, au contraire, j’ai beaucoup aimĂ©, mais… Comment dire ? Elle est amenĂ©e abruptement. VoilĂ . Les choses s’accĂ©lèrent brusquement Ă  la fin, et c’est un peu dommage.

Attention, je spoil dans ce paragraphe, sautez le si vous ne désirez pas savoir la finalité du manga.
Ainsi, le professeur Nova, le grand “mĂ©chant” de la sĂ©rie, va rapidement revenir d’outre tombe, d’une façon assez grotesque (allez hop que je me colle la tĂŞte dans mon estomac. N’empĂŞche que certains mangas l’ont repris par la suite, Claymore (encore que rien n’est moins sur), Higanjima (un manga bien pourri soit dit en passant)) ; Gally devient encore plus puissante, la plus puissante au monde, la plus rapide aussi, d’un seul coup, juste avant, on apprend ainsi le passĂ© de Gally, enfin, Yoko : elle Ă©tait mercenaire et combattait pour Mars. Mais lĂ  aussi, c’est plutĂ´t survolĂ©, et son passĂ©, finalement, nous aura Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© qu’Ă  deux moments du manga : l’un pour nous apprendre son entraĂ®nement, l’autre pour nous dire qu’elle Ă©tait nationaliste (enfin, mondialiste vu qu’elle vient de mars !) : en clair, c’est une mercenaire qui n’a aucun but dans sa vie Ă  part le combat. Un peu dĂ©cevant, mais bon, ça reste crĂ©dible au vu de ses exploits Ă  travers l’histoire. Et pour conclure en beautĂ©, on nous apprend la vĂ©ritĂ© sur Zalem ! Comment ? En nous y mettant au cĹ“ur de la citĂ© ! Et forcĂ©ment, Gally va rapidement ĂŞtre tentĂ©e de mettre le zouc dans la citĂ© “idĂ©ale”, oĂą le centre culturel le plus important (et le seul qu’on nous montrera :/) est une machine Ă  suicides.
On va donc apprendre le pourquoi du comment de Zalem, et tout de suite après, son effondrement… C’est beaucoup trop rapide ! Et ça en devient limite poussif. Surtout qu’Ă  ce moment, forcĂ©ment, Nova aura la solution, et forcĂ©ment, la sauveuse du monde (enfin, pas tout Ă  fait j’admets, ce n’est “que” la sauveuse de Zalem et de la dĂ©charge), ce sera Gally, qui se sacrifiera limite avec joie.
Et en guise d’Ă©pilogue, des annĂ©es plus tard, on retrouve la petite Koyomi, devenue journaliste, qui va retrouver le grand amouuuur de Gally, ainsi que le professeur Nova, devenu fou. A ce moment cela dit, sa crĂ©dibilitĂ© en aura dĂ©jĂ  pris un grand coup, et vers la fin du tome, de professeur gĂ©nial dĂ©moniaque, il passera au tarĂ© psychopathe qui n’a d’autre fonction que de prĂ©senter “la” grande vĂ©ritĂ© de Zalem, Ă  travers son cerveau qui, pour l’occasion, n’aura plus besoin d’ĂŞtre charcutĂ© puisqu’il y’aura mis une extension qui peut le prĂ©senter Ă  tout moment. Assez grotesque hĂ©las.
Bref, l’Ă©pilogue sera des retrouvailles en bonne et due formes avec une Gally prĂ©sentĂ©e comme une fleur.

Je fus donc un chouĂŻa déçu de cette fin, non pas par son contenu, mais par la rapiditĂ© d’exĂ©cution et certains pans de l’histoire qui, Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre vraiment crĂ©dibles, donnent l’impression d’avoir Ă©tĂ© mis en Ĺ“uvre pour finir la saga au plus vite.

Mais comme dit dans le paragraphe prĂ©cĂ©dent, ce n’est pas une mauvaise fin. Et globalement, Ă  travers 9 tomes d’anthologie, la saga est tout le long gĂ©niale. Plein de domaines abordĂ©s, de questions, de personnages, de situations compliquĂ©es… Gunnm arrive Ă  se renouveler Ă  tout moment. Gunnm est beau. Gunnm est prenant. Gunnm est envoutant. Gunnm est l’un des meilleurs mangas que j’ai lu, tout simplement. 20 ans après, ce manga vaut toujours le coup : je ne saurais que vous le conseiller pour redĂ©couvrir une rĂ©volution qui aura rĂ©aliser une grande avancĂ©e dans le monde du manga, et dans le monde de l’Ă©dition française :)

Gunnm

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